...Sakura fixait encore cette photo tout en se levant de son lit.
Oui, elle l'avait gardée cette photo. Quelqu'un d'autre l'aurait sans doute jetée, mais pas elle.
Pourquoi garder une telle photo ? Cela n'avait aucun sens, c'était même une torture que de voir cette photo ... Oui ... C'était une torture à chaque fois qu'elle la regardait ... C'était toujours la même chose dès qu'elle posait son regard sur cette photo ... Gorge serrée à lui en faire mal, mâchoire crispée, estomac noué, mains fermées en poings tremblants, yeux humides et picotants, lèvres retroussées, corps raidi, respiration haletante et difficile ... Puis, d'un coup, elle détournait la tête, ne pouvant supporter d'avantage cette vision. C'est ce qui se passe, Sakura se détourne, sors de sa chambre en direction de sa salle de bain.
...Mais si cette vision la faisait tant souffrir, pourquoi se l'infliger ? Parce que Sakura ne voulait pas oublier, elle ne le pouvait pas. Non, elle ne pouvait pas oublier ce qu'elle avait compris ce jour là. Outre le fait qu'elle était désormais seule et que c'était à elle, et à elle seule, de se prendre en charge, elle avait aussi compris combien la vie était quelque chose de précieux, de fragile, un fil de soie tendu à l'extrême et qui peut casser à tout moment ... Elle avait compris que plus jamais sa vie ne serait la même ... Elle s'était aussi aperçue de tout ce qu'elle aurait aimé dire à ses parents, combien elle les aimait, combien ils la rendaient heureuse, combien elle se sentait bien quand ils la serraient contre eux, combien elle aimait les entendre rire, combien elle aimait les voir sourire ...
...Elle s'était aussi aperçue, que contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce qui nous manque le plus dans la perte des êtres chers, c'était tous ces petits moments, ces petits instants de bonheur, ces petites manies et habitudes.
Désormais, le matin quand elle se réveillait, elle n'entendait plus la douce voix de sa mère l'appeler délicatement ...
Désormais quand elle déjeunait le matin, elle ne voyait plus sa mère s'affairer à tout préparer, ni son père, journal en mains, lui rappeler, un sourire en coin, tout en sachant que cela ne servait à rien, qu'il y avait déjà bien assez, et que même si sa fille et lui-même mangeaient avec appétit, il n'était pas utile d'en faire pour toute une armée ...
Désormais, lorsqu'elle partait pour son lycée, elle n'avait plus l'étreinte de ses parents, ni leurs sourires bienveillants, ni les rappelles incessants, surtout ceux de sa mère, lui rappelant de toujours bien regarder avant de traverser, de ne pas parler aux étrangers, de ne suivre personne, et de son père qui levait gentiment les yeux au ciel en disant à sa femme qu'une fois suffisait par jour, et que sa fille était assez intelligente pour comprendre.
Elle n'avait plus non plus leur odeur l'accompagnant encore durant le trajet.
Désormais, lorsqu'elle rentrait chez elle, elle ne voyait plus sa mère dans l'entrée, un immense sourire chaleureux et plein d'amour aux lèvres, rayonnante, lui demandant comment s'était passée sa journée, ni son père arrivant, souriant lui aussi et prenant sa fille dans ses bras ...
...Non, désormais, c'était le bruit strident du réveil qui la forçait à ouvrir les yeux.
Désormais, lorsqu'elle déjeunait, c'était dans un silence pesant, et devant une chaise vide, un seul bol, une seule assiette contenant uniquement deux tartines, et un verre de jus.
Désormais, son départ pour le lycée se faisait dans le silence le plus total.
Désormais, son trajet n'était accompagné que par l'odeur des pots d'échappements, des fumées de cigarettes, et parfois même de l'urine d'animaux ...
Désormais, lorsqu'elle rentrait chez elle, elle retrouvait une maison vide, sans âme, froide, où régnait un silence de mort ...
...Oui, c'était tous ces petits instants tout simples qui lui manquaient le plus.
...Chez sa mère, elle regrettait ses yeux pétillants de malice, ses sourires chaleureux, sa voix si douce, son rire cristallin, ses étreintes rassurantes, ses baisers sucrés ...
...Chez son père, c'était son petit sourire en coin, ses bras puissants qui l'étreignaient et lui donnaient ce sentiment d'être protégée, ses cheveux châtains, délavés et toujours ébouriffés, dont le négligé était « très travaillé », (comme se plaisait à le taquiner sa femme), ces regards complices qu'ils échangeaient à chaque fois que la mère de famille en faisait trop, ce qu'ils trouvaient, au fond, très attendrissant ...
...Sakura laissait l'eau chaude de la douche chasser ses pensées et ses souvenirs en même temps que son reste de fatigue. Quand elle eu finit, elle alla prendre ce fameux petit déjeuné qu'elle avait tant apprécié par le passé et qu'elle détestait tant aujourd'hui ... Elle retourna dans sa salle de bain afin de se brosser les dents. Une fois terminé, elle se dirigea vers sa chambre, ouvrit la fenêtre afin d'aérer et fît son lit. Ensuite, elle retourna de nouveau dans la salle de bain pour se coiffer.
Elle avait pris cette manie de toujours espacer ces instants passés à s'occuper d'elle dans la salle de bain, avec son ménage, car elle voulait rester en activité pour ne pas laisser errer ses pensées du côté de ses parents ...
...Une fois coiffée, elle alla dans sa chambre pour s'habiller. Un bustier rouge sombre, très près du corps, en cuir, quelque peu rigide, dessinant parfaitement ses formes, à savoir une poitrine généreuse mais tout de même discrète, sa taille fine et bien dessinée, son ventre ferme et musclé, et ses hanches joliment rondes. Oui, Sakura était très belle, des formes là où il en fallait, elle n'était ni plate ni grosse.
En bas, elle enfila un pantalon moulant en cuir noir. Ses cuisses étaient fermes, son fessier également, rond, généreux, mais discret, elle avait de jolies petites fesses, bien rebondies et ce depuis la naissance, sa mère la taquinant toujours à lui rappeler qu'elle avait « des fesses à croquer ». Ses jambes étaient fines, elle avait des mollets fins et musclés.
Elle se chaussa de bottes noires, en cuir également, à talons aiguilles et à bout pointu. Elle chaussait du 36. De petits pieds délicats.
...Sakura prit son sac, une sacoche, elle ne faisait jamais passer la hanse devant sa poitrine, elle l'a portée toujours sur son épaule droite, comme un sac à une seule hanse, laissant sa main reposer sur le croisement que formaient la bandelette de tissu avec le reste du sac. Sa sacoche était toute simple, noire. Sakura prit ses clés, posées dans un vide-poche sur la console de l'entrée. Elle claqua la porte.
Aujourd'hui était sa première journée en Terminale Littéraire. Elle espérait que le programme de français serait intéressant, que le professeur serait à la hauteur, qu'il y aurait de bons sujets de dissertation. Elle espérait aussi que le programme de philosophie ne serait pas trop niais.
Espérer ... Un verbe qu'elle croyait avoir bannit à jamais de son vocabulaire ...
...Oui, il ne lui restait plus que sa passion pour la maintenir en vie ...